Portraits
3 juin 2025
4 min
Léa Fontaine
Portrait : Camille, céramiste en Bretagne
Camille n'a pas commencé par l'argile. Elle a d'abord étudié l'architecture d'intérieur à l'École de Design de Nantes, puis passé trois ans dans une agence parisienne à concevoir des cuisines et des salles de bain pour des clients pressés qui voulaient des espaces « comme dans les magazines ». Elle faisait bien son travail. Elle ne l'aimait pas.
C'est lors d'un weekend en Bretagne, dans l'atelier d'une amie potière installée à Douarnenez, qu'elle a posé les mains sur de la terre pour la première fois. Elle ne savait pas encore que ce samedi d'octobre changerait la trajectoire des dix années suivantes. Elle est restée trois semaines. Puis elle est rentrée à Paris, a rendu sa clef, vidé son bureau, et cherché une formation en céramique.
Aujourd'hui, son atelier de Quimper occupe une ancienne écurie au fond d'une cour pavée, à deux pas du musée des Beaux-Arts. Elle y travaille seule, du mardi au samedi, en musique certains matins, dans un silence complet certains après-midi. Ses pièces sont tournées à la main sur un tour en bois qu'elle a restauré elle-même, acheté dans une brocante de Landerneau pour trente euros.
Elle travaille l'argile locale, extraite d'une carrière du Finistère, gris-bleu, légèrement sableuse, qui donne à ses émaux des réactions imprévisibles à la cuisson. Ces imprévus, dit-elle, sont devenus sa méthode. Elle prépare ses émaux, calcule les températures, contrôle ce qu'elle peut contrôler,et laisse le feu décider du reste. Certaines cuissons donnent des pièces parfaites. D'autres donnent des accidents qu'elle garde pour elle, sur une étagère de l'atelier, parce qu'ils lui appartiennent.
Ce qu'elle recherche, dans chaque forme, c'est ce qu'elle appelle la justesse. Pas la perfection, qui est une impasse, mais la forme qui semble avoir toujours existé,celle qu'on saisit sans réfléchir, qui s'intègre à une table comme si elle y était depuis toujours. Ses bols partent vite. Elle n'en fait jamais deux identiques. Chaque pièce est signée d'un petit C incisé dans l'argile crue, avant cuisson, avec un outil qu'elle a fabriqué dans un morceau de bambou.