Matières
2 novembre 2025
6 min
Clara Morin
Mode naturelle : couleurs de la terre
Souffler le verre, c'est travailler avec le feu et contre lui simultanément. La matière est en fusion à mille cent degrés, molle et docile pendant quelques secondes, plastique et malléable comme rien d'autre dans le monde des matériaux solides,puis de plus en plus résistante à mesure qu'elle refroidit, de plus en plus figée dans la forme qu'elle a prise, jusqu'à devenir rigide et fragile en quelques minutes. Le souffleur doit agir dans cette fenêtre étroite, avec précision, sans hésitation, en anticipant ce que la matière va faire quand elle sera froide à partir de ce qu'il voit quand elle est encore chaude.
Thomas a passé sept ans comme apprenti dans un atelier de soufflage de verre à Biot, dans le Var, avant de s'installer dans son propre atelier normand, il y a douze ans. Il dit qu'il n'a vraiment commencé à comprendre le verre,à sentir ce qu'il allait faire avant qu'il le fasse,qu'après vingt ans de pratique. Avant ça, il produisait des choses correctes, techniquement valables, parfois belles. Maintenant, il produit des choses justes. La différence, selon lui, réside dans la relation entre l'intention et le résultat : au début, on obtient à peu près ce que l'on voulait. Avec l'expérience, on obtient exactement ce que l'on cherchait,et parfois quelque chose de mieux, que l'on n'avait pas imaginé mais que l'on reconnaît immédiatement comme plus juste.
Ses pièces,bols, vases, carafes, objets difficiles à catégoriser,sont exposées dans des galeries à Paris, à Berlin et à Tokyo. Il refuse de produire pour la décoration de masse, même quand les propositions sont financièrement intéressantes. Chaque soufflage est une performance unique, un objet qui n'existera qu'en un seul exemplaire. Certaines pièces qui ne correspondent pas à ce qu'il cherchait finissent dans le four, refondues, redevenant matière première pour la prochaine tentative. Il appelle ça « rendre au feu ce qui appartient au feu ».