Portraits
3 décembre 2024
5 min
Sophie Arnaud
La couture lente : coudre pour durer
Coudre à la main, c'est d'abord accepter de travailler lentement. Accepter aussi que chaque point soit légèrement différent du précédent,un peu plus long, un peu de biais, marqué par la fatigue ou par l'attention particulière que l'on porte à tel endroit. C'est cette imperfection cohérente que les connaisseurs reconnaissent dans la haute couture traditionnelle, et que les petits ateliers de couture artisanale perpétuent aujourd'hui avec une conscience aiguë de ce qu'ils préservent.
Marie a appris de sa grand-mère, dans un appartement du troisième arrondissement de Lyon, avant même de savoir qu'il existait des écoles pour ça. Elle a ensuite fait l'École de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne, trois ans d'apprentissage rigoureux dans les techniques classiques,montage de col, pose de boutonnières à la main, construction d'une manche tailleur. Mais c'est dans sa propre boutique lyonnaise, qu'elle a ouverte à vingt-neuf ans avec les économies de quatre ans de travail chez un grand couturier, qu'elle a vraiment trouvé son langage propre.
Ses robes sont en soie naturelle tissée à Lyon ou à Como, sélectionnée lors de voyages biannuels dans les maisons de négoce qui subsistent encore. Chaque modèle existe en trois exemplaires maximum,non par artifice de rareté calculé, mais parce qu'elle ne peut physiquement pas en faire davantage tout en maintenant le niveau qu'elle s'impose. Certains modèles ne sont produits qu'en un seul exemplaire.
La couture lente, comme elle la pratique, n'est pas une philosophie de vie au sens où les magazines la présentent parfois. C'est simplement la conséquence logique et inévitable de vouloir bien faire, dans un domaine où bien faire prend du temps. Elle ne cherche pas à ralentir,elle cherche à faire bien, et le ralentissement est le résultat naturel de cette recherche.